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LA GAZETTE DU TANGO A PARIS
Nous avons profité de la présence en France du professeur Jeffaian Bordhel, éminent Tangologue Argentin, pour qu'il nous éclaire de ses connaissances et partage avec nous son amour pour le Tango.
- "Je voudrais apporter quelques lumières à tant d'amateurs européens de notre cher tango en plus de ma reconnaissance pour perpétuer cette danse qui a tellement contribué à la création d'une conscience nationale en Argentine et à une considérable augmentation du développement démographique.
Tout d'abord, je voudrais m'exprimer en rapport aux origines du mot tango, sujet très controversé. Certains auteurs pensent qu'il viendrait du mot "tanga", dénomination aborigène d'un slip féminin très fin. Les tous premiers danseurs tout en caressant le dos de leurs partenaires essayaient d'arriver à l'élastique de la culotte de celles-ci et quand cet exploit était accompli, ils criaient "tango" en signe de victoire et comme un mot secret pour partager cette coquinerie avec leur joyeuse bande de copains.
D'autres attribuent l'origine du mot au verbe "tanguer" d'origine française. Familièrement tituber, osciller dans sa démarche ou être soumis au tangage qui est le "mouvement d'oscillation" d'un navire dans le sens de sa "longueur". Cette version est la plus appréciée par les Freudiens.
Quelques chercheurs croient trouver une origine africaine dans le mot tango en tenant compte que sa musique est inspirée du "Candombe" (ancêtre de la Milonga des quartiers noirs de Montevidéo et Buenos-Aires). Il serait donc une onomatopée qui décrirait le moment où le mâle s'éprend de la femelle et lui proposerait "Est-ce que tu veux faire tam-tam-go-go ?
Quoi qu'il en soit, le Tango, danse sensuelle par excellence, c'est l'exacerbation de la sublimation de l'acte rituel de séduction déjà rencontré dans l'origine de plusieurs danses, y compris dans celles pratiquées par d'autres espèces animales, notamment les oiseaux.
C'est pour cette raison que je suis surpris par la façon de danser de quelques européens qui ne tenant pas compte de leurs partenaires essayent de rivaliser dans des figures acrobatiques pour montrer leur adresse et se mettre en valeur.
Non-Messieurs, ce n'est pas ça. Je déplore votre manque de connaissance de notre langue qui vous permettrait de comprendre le tango "Asi se baila el tango" (Ainsi se danse le tango) où il est bien question de fermer les yeux pour une meilleure audition, de coller son visage à celui de l'autre, de sentir son haleine, etc... et de savoir que le tango se danse à "media luz" (lumière tamisée), car si c'est l'homme qui guide, c'est la femme que l'on regarde et qui va être mise en valeur au travers de la danse, prenant la position privilégiée que l'homme Argentin veut lui donner en toute circonstance.
Par ailleurs le tango, comme le dit le grand avocat et danseur Jevoupise Du Latina, c'est un contrat bilatéral, consensuel, gratuit, à durée déterminée (4 minutes environ), mais pouvant jouer les prolongations si affinités. Et au dire de la danseuse de tango d'origine Finois, Thraibonne Pardherrier: -les dames ont bien le droit de refuser une danse mais au cas d'acquiescement elles doivent se laisser guider jusqu'aux frontières de leur féminité.
D'autre part, j'en profite pour m'attaquer à un mythe absolument faux qui veut que le tango à ses origines n'était dansé que par des hommes. Il convient pour bien comprendre de se situer dans le Buenos-Aires de l'époque et se rendre compte que pour pouvoir échapper à la vigilance de leurs femmes et faire une belle virée entre copains dans des lieux pas tout à fait convenable, nos joyeux libertins eurent trouvé une remarquable astuce pour partir en vadrouille et fréquenter à leur aise des jeunes femmes perméables à leur charme dans les bastringues des bas-fonds de Buenos-Aires sans craindre la jalousie de leur légitime.
Je voudrais m'associer à la souffrance, endurée en vous voyant danser, de mon ami et grand fils de sa patrie devant l'éternel, le Bandonéoniste Hugo Daniel en vous indiquant que le tango s'il est une danse de couple il se pratique en communautés appelées vulgairement Milongas (Bal tango) et dans laquelle il y a des musiciens qui contrairement à la pensée répandue ne sont pas seulement un élément folklorique du décor, mais agissent en tant que "Maître de musique" en donnant un tempo qu'il serait souhaitable de suivre.
Et comme l'indique le professeur Methan Lamain les couples doivent tourner sur la piste dans le sens inverse des aiguilles d'une montre tout en gardant conscience d'autres danseurs respectant l'équation suivante : la surface attribuée à chaque entité dansante (couple) est égale à la surface de la piste divisée par la quantité des dites entités et la distance à respecter entre les dites entités est égale à la racine carrée de cette surface multipliée par deux.
Avant de vous quitter, je voudrais finir en rendant hommage aux professeurs Xenia et Ricardo pour leurs efforts tendant à ramener le "Tango Franela*" en Europe, unique et véritable expression du tango à ses origines."
Nous avons remercié le professeur Bordhel pour l'entretien qu'il nous a accordé et nous l'avons invité à se rendre avec nous à un bal dans un lieu très connu du quartier du Marais de la capitale française, mais il a décliné l'invitation en se dirigeant tout doucement vers la rue St-Denis à la recherche d'une amélioration de son temps perdu.
*Tango Franela : c'est le nec plus ultra du Tango, le juste après, le style Tango du XXIème siècle car c'est le vrai Tango à ses origines.
Le Tango Franela privilégie la position "Chapando"* et la "Media vuelta con acostada"*.
Le feeling est la communion des partenaires dans un enlacement presque intemporel étant le but recherché, aucune partie du corps des danseurs n'est mise à l'écart et l'utilisation de la main droite pour la "digitation dorsale" est portée à un degré de subtilité artistique tel que les partenaires arrivent à se fondre dans le tourbillon de la danse pour ne plus former qu'une entité unique de battements des cœurs à l'unisson touchant l’ici et l'infini.
* FRANELA : Littéralement : chiffon à meuble très doux qui sert à faire reluire meubles et objets. Dans le jargon de Buenos-Aires : Dans une chaleureuse étreinte, suite de gestes et mouvements réciproques entre deux partenaires tendant à provoquer une phase d'excitation, prélude à l'acte fécondateur dans l'espèce humaine.
* CHAPANDO : Position qui consiste à présenter un maximum de surface corporelle au frottement avec le corps de son partenaire sans pour autant perdre l'équilibre.
* MEDIA VUELTA CON ACOSTADA : Position qui consiste à soulever le corps de sa partenaire dans un mouvement de rotation en la laissant en équilibre sur un pied et en la couchant littéralement sur le torse du danseur, le contact de la poitrine féminine sur celui-ci provoquant une sensation fort agréable
France 5 € Etranger 200$
Ricardo "Caito" Blanch copyrignt 1998
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